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Travaux en copropriété : procédures de vote et recours juridiques

Une assemblée générale de copropriété vote des travaux de ravalement pour 180 000 euros. Trois copropriétaires contestent cette décision, estimant les devis surévalués et la procédure irrégulière. Cette situation illustre les enjeux juridiques complexes entourant les décisions de travaux en copropriété, particulièrement dans les immeubles haussmanniens du centre de Paris où les coûts peuvent rapidement s’envoler.

Majorités requises selon la nature des travaux

La loi du 10 juillet 1965 distingue plusieurs catégories de travaux selon les majorités nécessaires. Les travaux d’entretien courant et les réparations urgentes relèvent de l’article 24, votés à la majorité simple des voix exprimées. Les travaux d’amélioration, comme l’installation d’un ascenseur ou la réfection complète de la toiture, nécessitent la majorité de l’article 25, soit la majorité des voix de tous les copropriétaires.

Les travaux de transformation, modification ou amélioration exigent parfois la majorité renforcée de l’article 26 (deux tiers des voix). Contrairement à une idée reçue, cette majorité s’applique notamment aux travaux affectant les parties communes à usage privatif, comme la création de terrasses ou la modification de façades.

Exemple concret : l’installation d’une climatisation collective dans un immeuble de bureaux nécessite la majorité de l’article 25, tandis que le simple remplacement d’un système existant relève de l’article 24. Cette distinction détermine les chances de succès du vote et les recours possibles.

Obligations préalables au vote

Le syndic doit respecter un délai minimum de 21 jours entre l’envoi de la convocation et la tenue de l’assemblée générale. Cette convocation doit obligatoirement mentionner l’ordre du jour précis, accompagné des devis détaillés pour tout projet de travaux supérieur à 1 800 euros.

L’article 42 de la loi de 1965 impose la consultation d’au moins deux entreprises pour les travaux dépassant 1 800 euros. Au-delà de 150 000 euros, un appel d’offres devient obligatoire. Ces seuils, revalorisés en 2019, visent à garantir la transparence des procédures et la mise en concurrence.

Une jurisprudence constante de la Cour de cassation annule les décisions prises sans respect de ces formalités. Dans un arrêt du 19 décembre 2018, la troisième chambre civile a confirmé la nullité d’un vote de travaux faute de communication préalable des devis aux copropriétaires.

Contenu obligatoire des devis

Chaque devis doit préciser la nature exacte des travaux, les matériaux utilisés, les délais d’exécution et le détail des prix. L’absence de ces mentions constitue un vice de procédure susceptible d’entraîner l’annulation de la décision, même si la majorité requise a été atteinte.

Recours contre les décisions de travaux

Les copropriétaires disposent d’un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal pour contester une décision d’assemblée générale devant le tribunal judiciaire. Ce délai court même pour les copropriétaires absents, dès lors que le procès-verbal leur a été notifié.

Les motifs de contestation se répartissent en trois catégories : les vices de forme (défaut de convocation, ordre du jour imprécis), les vices de fond (absence de majorité, travaux non conformes à la destination de l’immeuble) et l’abus de majorité. Ce dernier concept, développé par la jurisprudence, sanctionne les décisions prises dans l’intérêt exclusif de certains copropriétaires au détriment des autres.

Exemple pratique : une copropriété de 20 lots vote des travaux d’embellissement du hall d’entrée pour 50 000 euros, alors que des réparations urgentes de la toiture sont reportées faute de budget. Cette situation peut caractériser un abus de majorité si les copropriétaires favorables aux travaux d’embellissement sont principalement ceux du rez-de-chaussée.

Référé et mesures conservatoires

En cas d’urgence, le juge des référés peut ordonner la suspension des travaux contestés. Cette procédure s’avère particulièrement utile lorsque l’exécution immédiate des travaux risque de causer un préjudice irréversible, comme la destruction d’éléments architecturaux protégés.

Financement et répartition des charges

La répartition des charges de travaux suit les tantièmes de copropriété, sauf dispositions contraires du règlement de copropriété. Pour les travaux d’économie d’énergie, la loi du 17 août 2015 autorise une répartition selon les avantages procurés à chaque lot, dérogeant ainsi au principe général.

Le fonds de travaux, obligatoire depuis 2017 pour les copropriétés de plus de 10 lots, représente au minimum 5% du budget prévisionnel annuel. Ce fonds permet de financer les travaux urgents sans attendre une assemblée générale extraordinaire, sous réserve que leur coût n’excède pas 1 000 euros par lot principal.

Les copropriétaires peuvent également recourir à l’emprunt collectif, voté selon les mêmes majorités que les travaux concernés. Cette solution évite l’avance de trésorerie individuelle mais génère des intérêts à répartir entre tous les copropriétaires, y compris ceux ayant voté contre.

La gestion des travaux en copropriété exige une connaissance précise des procédures légales et des délais applicables. Les enjeux financiers, souvent considérables dans les copropriétés parisiennes, justifient un examen attentif de chaque étape, depuis la consultation des entreprises jusqu’à l’exécution des travaux. Les recours restent possibles mais doivent être exercés rapidement pour préserver l’efficacité des contestations. Pour les copropriétés situées dans le 8e arrondissement, le cabinet Richard Cohen – Avocat Immobilier intervient dans l’ensemble de ces procédures, de la préparation des assemblées générales au contentieux post-vote.

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